Façadisme, choucroute et démocratie (A+)

— Extrait de “Façadisme, choucroute et démocratie”, article de François Thiry, Michael Guérisse et Amélie Mouton, paru dans “A+”, revue d’architecture et d’urbanisme, n°184, octobre-novembre 2003.

Pas évident, pour le grand public, de comprendre les mécanismes “urbanistiques” à l’oeuvre dans le quartier européen! Et pas seulement pour le grand public: combien d’architectes y comprennent vraiment quelque chose? Il existe bien quelques publications de référence, des rapports sur l’impact de l’Union européenne à Bruxelles, mais ce n’est pas le style de littérature qui captive le citoyen lambda… Les amateurs du genre citent avec respect “Chronique d’une capitale en chantier”, l’ouvrage de Thierry Demey. Mais ce remarquable travail s’interrompt à l’aube des années nonante. On manque de récits plus récents.

A Bruxelles, l’urbanisme, en panne de grands discours, devient une affaire de faits divers et d’intrigues, virant, dans certains cas, à la farce ou à la bouffonnerie. Chaque grand projet d’architecture est le prétexte de petites histoires qui, souvent, “dépassent l’entendement”. A quand un “Miami Vice” sur fond de Bruxelles-Capitale ou un “Dallas” immobilier qui s’intitulerait “Ixelles”…

A propos: “Façadisme, choucroute et démocratie” est le titre d’un film réalisé en 2002 par Gwenaël Breës. Diffusé en format vidéo, on a pu le voir ces derniers mois sur certains écrans “associatifs”. Il s’agit d’un documentaire sur le mode burlesque, à la fois drôle et un peu désespérant. Il y est principalement question d’un épisode récent de la saga de l’implantation des Institutions européennes: la procédure de permis d’urbanisme pour les extensions D4-D5 du Parlement européen (PE). Les responsables du PE, soucieux de garantir le confort et la sécurité de leurs fonctionnaires, se dissimulent derrière des promoteurs pour éviter d’engager une conversation avec leurs voisins. Cette attitude a suscité des sentiments mêlés de déception et de ressentiment, dont le film se fait l’écho avec humour et dérision.

“Façadisme…” fait suite à l’occupation de l’ancienne gare du Quartier Léopold par un collectif éphémère du nom de BruXXel, à l’occasion de la Présidence belge de l’Union européenne. Les activistes ont réinvesti politiquement la question de l’architecture: la gare du Luxembourg, menacée de destruction, puis sauvée au prix d’un petit chef-d’oeuvre de… façadisme, est devenue un véritable symbole. L’occupation de la gare a culminé avec l’organisation d’une “street party” inspirée des actions du mouvement anglo-saxon “Reclaim the Streets”. Les animateurs de BruXXel insistaient sur la nécessité de se réapproprier physiquement la ville, en occupant activement des lieux significatifs. (…)

• François Thiry, Michael Guérisse et Amélie Mouton

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Lire aussi :

Présentation et fiche technique du film.

Présentation du film par Pierrick Servais, journal du Festival “Docs en courts”,
Rencontres internationales du documentaire court, Lyon, 11 octobre 2004.

Fiche descriptive du catalogue “Bruxelles avec les yeux” de la Médiathèque
de la Communauté française, collection Vidéothèque de Bruxelles, 2004.

“Les caprices des Dieux”, article de Thierry Moutoy paru dans
“La chronique de la Ligue des droits de l’Homme” n°121, mai-juin 2007.



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